Ce billet, la seconde marche de votre soumission, est la suite du billet intitulé Les questions de la soumise (1 de 2).

Nous entrons vous et moi dans ce que j’appelle volontiers la seconde marche de votre soumission.

Dans le cours de la première marche qui s’est échelonnée sur tout près de dix-huit mois, de mai 2006 à aujourd’hui, nous avons dégagé les traits principaux de vos motivations aux échanges de pouvoirs érotiques. Nous avons identifié les enjeux principaux de mademoiselle, des pistes de travail. Nous avons réussi à nous ouvrir l’un à l’autre. Nous avons appris à nous connaître, à savoir ce que nous voulons, ce que nous ne voulons pas, à cultiver notre complicité, seuls et parfois même accompagnés.

Vous avez appris à vous responsabiliser, à « prendre en charge » votre soumission, amené à prendre en considération vos besoins et vos désirs qui sont vos repères les plus sûrs, en douteriez-vous encore? Cela va dans le sens de votre inukshuk. Vous êtes votre propre inukshuk, mademoiselle. Et Monsieur votre guide.

Vous acceptez plus sereinement votre féminité, vos perversions, vos désirs, tout en reconnaissant vos limites, tout en les acceptant de plus en plus pleinement. Vous avez redécouvert l’agapè, l’amour, celui que l’on offre sans rien attendre en retour.

Vous avez appris que vous pouviez lâcher prise sans que le ciel ne vous tombe sur la tête.

Vous avez compris que vous pouviez entrer dans un cadre bdsm au suivi serré sans pour autant mettre en péril vos acquis familiaux, amicaux et professionnels, sans égarer votre équilibre.

Nous avons su distinguer la dimension jeu du bdsm d’une structure plus relationnelle à laquelle nous aspirons vous et mouah.

Comme vous le disiez si bien, « la distance de nos domiciles et de nos rencontres a permis une évolution lente de notre relation. Ce lent cheminement me permet de goûter pleinement chaque passage. »

Je suis très fier de vous, le saviez-vous? Je suis très fier de ce que nous avons accomplis jusqu’à présent. Je suis impressionné par votre courage, par votre éthique de travail, par votre capacité à situer les événements et les choses, sans perdre de vue les raisons pour lesquelles nous sommes parvenus à ces événements. Je suis admiratif de la manière dont nous accomplissons cette exploration des âmes, de nos avancées, de cet équilibre entre nos diverses identités.

Je suis très fier de vous. Ce la ne veut pas dire qu’il ne vous arrive pas de retomber à l’occasion dans des jeux psychologiques paralysants.

Votre résistance

Je lisais dans le blogue Alic’ine her Wonderland découvert il y a quelques semaines, ce qui suit :

« L’éducation, la société, les médias, les écrits nous enseignent que pour intéresser un homme durablement il ne faut jamais se donner totalement. On se doit de toujours garder et cultiver une part de mystère, faire en sorte de maintenir une porte de sortie ouverte et ostensiblement la montrer de temps à autre, montrer aussi que l’on peut se passer d’eux. Le message est que rien ne doit être considéré comme acquis, ni par l’un ni par l’autre. »

Ça m’a rappelé votre propos sur la résistance à laisser Monsieur entrer réellement en vous. Un jour, elle souhaite résister, le lendemain, elle est prête à offrir sa reddition sans conditions.

Ah, la nana.

Je ne la vois pas comme une tentative de faire la part belle au mystère, votre résistance, ni de maintenir une porte ouverte, ni comme une façon de ne rien considérer comme acquis et tous ces pseudos conseils de magazines féminins à la gomme. Nous ne vivons pas dans un magazine et, comme vous le disiez si justement il y a quelque temps, nous ne vivons pas dans un conte de fées, mais bien ancrés tous deux dans la réalité la plus concrète qui soit. Et ce, même si rien n’est simple de votre côté comme du mien dans la sphère familiale.

La vie est bien courte pour jouer au chat et à la souris. Je crois pouvoir affirmer sans me tromper que nous sommes d’accord sur ce point. Nous avons tout notre temps, et en même temps, nous n’avons pas de temps à perdre dans les jeux puérils sans envergure.

Et puis, qui serait le chat et qui jouerait la souris, on se le demande bien.

Cela dit, sachez que cette résistance à laisser Monsieur entrer réellement en vous est normale, légitime, saine. Il y a là une tension vivante, source de création et bien évidemment de doute afférent au travail sur soi.

Votre résistance ne vient pas de l’inadéquation entre vos besoins et ceux de Monsieur. Votre résistance ne tire pas son origine dans le fait que Monsieur ne répond pas « parfaitement » à vos demandes, ou qu’il ne tient pas compte de tel désir ou de tel aspect de votre personnalité.

Votre résistance est pour moi l’équivalent du facteur temps quand je fais pousser mon basilic. Cette résistance est l’ensemble des facteurs qui concourent au cycle de vie de ce basilic, de la graine à l’assiette.

Cette résistance est, comme dirait mon prof de Physique 412, le frottement propre au déplacement de tous les corps physiques sur Terre.

Est-ce là une manière de vous annoncer que je vous ferai ramper, soumise?

Les jeux psychologiques

Je parlais plus haut de jeux psychologiques paralysants. J’évoque ici ces moments où vous donnez à voir que vous vous faites avoir, où mademoiselle tente de me faire jouer le rôle du bourreau et qu’elle enfile le costume de la victime des hommes, de l’amour. J’entends ici ces moments où vous vous dévalorisez pour mieux glorifier telle ou telle nana, ou tel type de soumise qui mériterait tellement plus que vous de recevoir tous les égards de Monsieur.

Le plus étonnant dans cette dynamique des jeux psychologiques, je vous en faisais part récemment, c’est que les moments de plus grande tension précèdent les plus grandes déclarations de votre part : déclaration d’amour, déclaration d’intention, aveux des rêves les plus fous, aveux des fantasmes les plus crus, désir d’aller là où vous ne croyiez pas que vous iriez avant cent ans.

J’ai l’intention d’approfondir très bientôt ce sujet des jeux psychologiques dans cercle O. Pour le moment, je vous refile le passage suivant qui m’a beaucoup frappé lors de ma lecture d’uu ouvrage qui leur est consacré :

« Pourquoi n’ai-je pas dit à mon mari : “ S’il te plaît, j’ai eu une dure journée. J’aurais besoin de me blottir un moment dans tes bras. Veux-tu bien laisser ton ordinateur pendant un quart d’heure? ” Souvent, c’est la peur du refus de l’autre qui empêche de formuler des demandes simples et claires. C’est peut-être la même peur d’être critiqué ou rejeté qui a empêché mon mari de venir me saluer chaleureusement à mon arrivée.

Mais dans la majorité des cas, c’est une peur plus profonde, la peur de l’intimité et des échanges affectifs qui fait préférer les jeux à des relations positives. Lorsqu’on perçoit la proximité avec l’autre comme potentiellement dangereuse, on peut combler son vide affectif avec les sensations négatives mais fortes que procurent les jeux psychologiques. »

Vous savez quoi? Quand vous entrez dans des jeux psychologiques, je sais que je suis en vous, que je vous atteints. J’y vois là une bonne nouvelle.

La seconde marche de votre soumission

Il y a maintenant un peu plus de trois semaines, Monsieur vous a remis un nouveau pseudonyme, mademoiselle inukshuk, suite à votre requête en ce sens.

Il y a quelques jours, une sortie, notre troisième sortie publique, a marqué la fin définitive de votre dormance, gauloise lubrique. Ce moment marque concrètement votre entrée, notre entrée dans la seconde marche de votre soumission.

Cette seconde marche diffère-t-elle de la première qui a vu la soumise voilée se dévoiler progressivement ? Essentiellement, non. La lenteur est toujours invitée au rendez-vous. Tout comme la capacité de dire les choses. Le plaisir du dialogue. La faculté de prendre du recul. Le sentiment d’investir dans une relation enrichissante, ouverte, sérieuse, où l’échange de pouvoirs constitue la fondation principale.

Sauf erreur, nous sommes toujours en phase avec l’expression « initiale » de vos besoins et de vos désirs. Lors de cet échange épistolaire en mai 2006, vous écriviez :

Mon asservissement je la souhaite complete dans la mesure ou mes responsabilites vanille ne soient pas atteintes. J ai besoin d un suivi serre, severe tout en etant logique, pour ainsi me permettre de m abandonner et sentir l’emprise de mon Maitre a tout moment de la journee en moi.

Vos responsabilités à la vanille demeurent intactes. Le suivi de votre cheminement est le même que celui auquel Monsieur vous convie depuis le départ, conséquent avec ce que nous souhaitons de part et d’autre. En d’autres termes, le cadre de votre soumission intégrant les volets de la soumise et la servante, constitue toujours l’ossature de notre relation.

Pour bien me faire comprendre, avant de penser aller plus loin dans l’obéissance, la construction des volets de la soumise et de la servante mérite d’être solidifiée, mademoiselle inukshuk. Avant de penser agrandir les lieux, ajouter de nouvelles pièces ou fenêtres, voire élargir les allées du jardin.

Je vous invite à le relire attentivement, ce cadre. Je vous invite également à réfléchir sur les notes accordées à chaque composante, charnelle délicate. Non pas pour modifier les notes, quoique cela puisse survenir, mais bien en vue de vous réapproprier votre soumission, à l’actualiser en fonction de la situation actuelle qui est, il faut bien le dire, singulièrement différente de ce qu’elle était il y a même six mois.

Le protocole et les repères

Le changement des conditions de notre relation, par l’abolition de la distance, me suggère la mise en place d’un protocole bdsm simple yet meaningful.

En fait, je devrais plutôt parler de repères, un terme qui me semble plus approprié. J’aime bien ce terme. Il me fait penser aux bouées en mer, aux sémaphores et à tous ces outils et moyens que nous nous donnons pour retrouver notre chemin, car les conditions de la mer sont sans cesse changeantes.

Je parle de repères en guise de clin d’oeil à la méthode de création mise au point par la compagnie de théâtre avec laquelle Robert Lepage se fera connaître à Québec dans les années 80, avant de rayonner sur les plus grandes scènes du monde.

Cette méthode de création est simple : nous vivons à partir des ressources à notre disposition et jamais à partir des idées. On s’adapte à l’environnement. Ce n’est pas l’environnement qui s’adapte à nous.

Concrètement, cela veut dire que si nous avons devant nous une montagne et que nous souhaitons construire une maison, on ne rasera pas la montagne pour bâtir la maison. On va plutôt se servir de cette montagne, de ce qu’elle peut nous offrir comme ressources, dispositions et possibilités, pour y bâtir cette maison. On va faire avec, au lieu de faire comme si nous étions seuls au monde et tout casser pour rebâtir par-dessus.

Je vous laisse réfléchir aux implications de ce mode de fonctionnement de la pensée vis-à-vis nos pratiques érotiques.

Le protocole, donc.

Qu’est-ce que ce protocole bdsm? Aucun « détail bdsm » visible aux gens qui se trouvent à l’extérieur de notre cadre bdsm. Aucun signe d’aucune sorte ne vient troubler la quiétude des autres pans identitaires de mademoiselle et de Monsieur. C’est nous qui nous nous adaptons à l’environnement. Ce n’est pas à lui de se laisser imposer quoi que ce soit par Monsieur et mademoiselle.

Je ne vous propose pas un mode bdsm au quotidien ni un bdsm non stop. Par défaut, vous êtes en mode repos comme l’officier le dit du soldat qui n’est pas au garde à vous.

Je reprends pour notre compte deux idées intéressantes glanées dans un billet intitulé The West Wing Perspective on Protocols: Intent and Practice, dans le blogue The Estate. Cette philosophie en mouvement, si peu théorique et toute entière tournée vers l’application concrète et sans flafla sentimental, comporte des indications et des niveaux protocolaires qui vous permettent à vous et à mouah de ne jamais perdre vos repères.

Ces indications, au nombre de cinq, Monsieur s’attend à ce que mademoiselle les ait à l’esprit à tout moment, en tout temps. Quelle que soit la situation, ces indications s’appliquent :

  • Les bonnes manières sont toujours de mise.
  • La gratitude est toujours de mise.
  • Reconnaître une demande, un ordre ou une erreur.
  • Dans le doute, ne pas s’abstenir : dans le besoin, demander.
  • Aller à l’essentiel : maximum d’information avec le minimum de mots.

À votre décharge, ces indications sont tout aussi valables pour Monsieur. Je vois dans ces indications les qualités d’un mode relationnel sain, où l’expression, l’écoute et le feedback constituent nos meilleurs alliés.

Je reviens sur les niveaux de protocole dans un billet subséquent, car le texte y est un peu long et je tiens à bien me faire comprendre.