Je suis à réfléchir à la prochaine sortie qui doit avoir lieu dans huit jours.
Je jongle avec plusieurs scénarios. Condition sine qua non pour devenir réalité, le scénario retenu doit concilier deux axes : la première sortie de mlle evilrust, une soumise novice avec laquelle j’ai entrepris quelques jours auparavant un protocole de supervision de sa soumission, et une soirée qui permette à mademoiselle inukshuk de progresser.
Jouer pour jouer m’intéresse toujours aussi peu. Si la soirée bdsm (comme concept) m’a déjà permis de cristalliser certaines de mes envies et servi de points culminants dans mes plaisirs scénaristiques, depuis un bon moment, je progresse davantage comme dominant hors du folklore de la scène. Quant à mademoiselle inukshuk, je considère qu’elle progresse nettement davantage hors du jeu et du cadre trop strict d’une soirée, bien que nous ayons eu plusieurs moments forts dans nos jeux publics. Tout un pan de sa soumission n’a nullement besoin de ces soirées dont les modalités comportent pour moi plusieurs limites, la plus importante étant sans doute celle du temps.
Dans le premier axe, je souhaite inculquer à mlle evilrust la notion d’obéissance sans contrepartie sexuelle. Sans nananne. Je ne souhaite pas lui offrir de jeux bdsm comme tels. Obéir, point. Servir, tout simplement. Just follow. C’est l’essence de sa présence au donjon et de la présence d’une Dame dans son protocole.
Dans un tout autre registre, c’est également ce que j’exige de mademoiselle inukshuk qui, par la présence de la novice, vit des blocages importants. Mais je m’en moque car c’est le but du jeu : je ne guide pas une seconde soumise pour le simple plaisir de guider une seconde soumise. Je souhaite lui faire vivre à cette béhanana quelque chose d’important, un fantasme puissant chez elle. Je veux par-dessus tout lui montrer que ses craintes à la base face à l’abandon, le mensonge, la traitrise, sont injustifiées et qu’elle s’épuise en jérémiades. Au lieu de chercher à me prendre en défaut, elle devrait profiter des nombreux acquis qu’elle a réalisés depuis mai 2006, tant en son for intérieur qu’aux côtés de son guide.
Il me vient tout à coup une idée folâtre. Je la partage illico avec un lecteur de ce blogue.
“Dites-moi, je suis à préparer un scénario particulièrement savoureux et je me demandais si… vous étiez disposé et disponible samedi le 9 février qui vient.
Je prépare une sortie pour mademoiselle inukshuk chez Eos que vous connaissez peut-être et… il m’est venu une idée assez… je me demandais si d’aventure, en cas de disponibilité et d’envie de votre part, sur le parcours menant vers le donjon, je la ferais arrêter à un endroit genre en plein coeur du parc Lafontaine et… je la ferais sortir de la voiture, lui banderais les yeux et… la ferais asseoir sur un banc et… deux hommes passant par là s’arrêteraient, me salueraient et me diraient : “c’est elle la petite en question, Valmont?” Et je leur répondrais que si, c’est bien la petite qui est mûre pour… mais je finirais pas ma phrase et leur dirais : “… elle est à vous, messieurs, faites-en bon usage!”… et je m’éloignerais en riant. Et nous pourrions nous rejoindre au donjon à Laval.
Si ce scénario vous sourit, mon cher, voire que vous avez une contre-proposition toute aussi folâtre, faites-moi signe dans les meilleurs délais.”
S’ensuit alors un contre-la-montre haletant. Ce n’est finalement que le 8 en après-midi, soit la veille de la soirée, que nous parvenons à fixer le déroulement des opérations, les activités à prévoir et les limites des personnes en cause. J’ai deux dominants au bout du fil, un premier croisé avec sa soumise cagoulée il y a plus d’un an déjà lors d’une soirée chez Greeneyes, et un second dominant qui m’est totalement inconnu. J’ai une confiance indéfectible en le jugement du premier sur le choix du second.
- “Qu’avons-nous le droit de faire avec votre soumise, Monsieur?”
- “Vous avez carte blanche, Messieurs.”
Sauf sur un point : les trucs à caractère sexuel. Nous nous entendons assez rapidement sur la nécessité d’utiliser toutes les ressources de notre imagination. La sexualité per se, aussi plaisante soit-elle, serait ici par trop prématurée. C’est la confiance ici qui est au coeur de la démarche. Nous sommes ici dans les jeux de confiance extrêmes ou nous ne sommes pas. On pourrait en tirer une maxime fort simple : “ne fais pas à la soumise de l’autre ce que tu n’aimerais pas qu’on fasse à la tienne…” Pendant que ces messieurs feront frissonner toutes les pores de la peau de mademoiselle inukshuk, j’aurai le privilège de manier leurs soumises dont une qui rêve de rencontrer Monsieur Valmont depuis longtemps. Que de moments tristes en perspective!
Toutes ces indications en poche, je ne suis pas au bout de mes peines : mademoiselle inukshuk accentue son refus de participer à la soirée. Elle m’oppose des tas d’arguments. Elle cherche porte de sortie par dessus porte de sortie. Elle vitupère, s’auto-dénigre, pleurniche, m’envoit cueillir des ronces. Je ne lâche pas prise. Toute la pré-séance devient un extraordinaire exercice de maitrise de soi.
Tout ça pour finir par un “Mais comment vais-je m’habiller, Monsieur?”
Ma réponse n’a rien pour la réconforter : “Mais allons, un rien vous habille, mon chaton.”
En chemin, sur le boulevard Métropolitain, nous nous arrêtons dans une boutique érotique, question de nous munir d’un joli ensemble qui couvrirait sa peau (à peine). En sortant, je lui fais prendre le sud, au lieu de nous rendre en direction du nord, vers Laval. J’aurais cru à ce moment qu’elle aurait commencé à se douter de quelque chose. Il faut croire que mon alibi est béton : “Il nous faut prendre mes souliers chez …”
Tic-tac-tic-tac. Je la fais tourner sur Rachel, puis, à gauche sur la rue Émile-Duployé, au lieu de monter Fabre. “Il fait toujours bon de revoir ce parc, lieu de prédilection de notre relation bdsm depuis les premiers moments.”
La demoiselle acquiesce. Je l’intime de fermer les yeux avant de sortir du véhicule. Je lui passe un bandeau, puis m’éloigne et lui fais traverser la rue au son de ma voix. “Suivez la voiiiiix! Suiiiiiivez la voix-ah-ah.” Pendant que je chasse Bruel de ce corps, j’aperçois deux ombres au loin parmi les branches. Le moment du transfert approche.
Nous nous rendons exactement au même endroit où 18 mois auparavant, en nous croisant sur son chemin, une psychologue nous avait lancé un très drôlatique : “C’est beau l’amour! Je le sais, je suis psychologue!”
Je masse les bras de mademoiselle inukshuk qui a froid, tout en regardant H et Sévère s’approcher. Je leur fais signe de se rapprocher davantage.
Tout à coup, une voix dans la nuit lance : “Bonsoir Monsieur Valmont.” “Bonsoir Messieurs!” La soumise se raidit, je continue toujours à lui réchauffer les bras. “C’est elle la petite dont vous nous avez parlé?” Je pars à rire et la regarde. “Oui, Messieurs, c’est bien elle la petite dont je vous ai parlé. Elle est à vous pour la soirée, j’espère que vous en ferez bon usage.”
J’embarque avec eux, jusqu’au point de rencontre convenu sur Rachel, où je dois aller cueillir les deux soumises qui seront à mon service durant le trajet menant chez Eos.
Photo : Via blindfolds.

